Bénéfice du doute

Subir, jamais. Questionner, toujours.

Archives mensuelles de “novembre, 2013”

La France est-elle raciste ?

Nom d’une pipe ! Hier, je me dis que regarder « Ce soir ou Jamais » en vaut la peine, et j’opte pour le dernière en date relative aux propos insultants dont a été victime Taubira. Alors, je me limiterai à reprendre les propos qui m’ont fait bondir ou interpelée (histoire de me calmer, et de recourir à une sublimation civilisatrice, sic) :

  •  » (…) Le racisme à l’égard des Musulmans (…) «  : Puis-je me permettre de rappeler que les Musulmans n’appartiennent pas à une race, de même concernant les Juifs, les Chrétiens, les Bouddhistes, etc…
  • « Quand on a le sentiment d’être discriminé, c’est qu’il se passe quelque chose (…) les gens ne sont pas paranoïaques » : c’est quand même marrant que lorsqu’il s’agit d’un sentiment d’insécurité, là on est dans l’invention. Et puis, sincèrement, ça commence à me pomper ces positions victimaires de discriminés/persécutés qui s’imaginent que seuls les Noirs et les Arabes sont discriminés : franchement, ils peuvent arrêter de se sentir seuls, moi aussi je suis discriminée quand on voit ma tronche aux entretiens auxquels je vais, simplement parce je n’ai pas la gueule de l’emploi.
  • « pas d’équivalent de macaque (…) c’est quoi l’équivalent pour animaliser les blancs » : Il est vrai que les Blancs ne subissent pas d’insultes animalisées comme les Noirs  peuvent en souffrir sur des bases bio-racialistes issues de certaines théories évolutionnistes de type ethnocentriques. Et personnellement, j’ai déjà été salement insultée (au sens où ce n’était pas une blague parce que « je faisais le singe ») en étant traitée de gorille, et ce, sans même être noire ; et il est vrai que ce n’est pas une insulte agréable à entendre (quand bien même j’adore ces primates devant lesquels je passe des heures lorsque je vais au zoo).
  • « du racisme à la politique migratoire » ou « de la (affaire de la) guenon à Valls » : Confusion totale.
  •  « libération de la parole raciste » : qui est due au point précédent ! à force d’être traités de raciste pour tout et pour rien, les mots perdent de leur sens et de leur poids, tant et si bien que « vu qu’on est déjà traités de racistes parce qu’on veut une immigration mieux régulée, beh voilà,  je suis raciste, donc j’y vais à fond, je sors mes bananes !  » C’est ce qui s’appelle une prophétie auto-réalisatrice en sociologie : à force de traiter les individus de racistes, certains le deviennent, ou à tout le moins, ils se comporteront avec moins de retenue en ce sens. Et de la même façon, dire d’un enfant qu’il est bête et méchant, ou dire qu’un arabe que c’est un voleur, c’est le risque de le stigmatiser et de l’enfermer dans une image qui n’est pas sienne, mais à laquelle il sera tenté de s’identifier : l’Homme existe par la regard de l’Autre et par ce à quoi l’Autre l’assigne.
  • « colonisation (…) payer l’addition (…) n’ayez pas peur de ce qui va de toute façon arriver (c’est-à-dire, devenir une minorité chez vous) » : Bordel ! Là, Leonara Miano vient de donner 10.000 voies au FN ! Une championne ! De même, lorsqu’elle parle de vengeance. Elle vient de faire passer les immigrés comme des gens qui veulent se venger et détruire notre civilisation judéo-chrétienne, version boomerang colonial. Par de tels propos, elles alimentent des fantasmes à connotations paranoïaques. Selon moi, c’est ce genre de phrase qui est de l’incitation à la haine raciale.
  • « aider l’autre à s’intégrer, c’est du paternalisme » (Bruno Gaccio) : Oui, et donc, on laisse les gens venir sans les aider à comprendre les règles du jeu? j’imagine déjà le bordel, d’autant mieux que c’est un peu le cas ! Et c’est d’ailleurs parce qu’on n’a pas pris le temps, en voulant accueillir tout le monde, qu’on se retrouve avec des personnes immigrées qui sont complètement marginalisées. Si on ne prend pas conscience des difficultés que vivent ces personnes, et si on n’a pas l’empathie suffisante (ou le bon sens) pour se rendre compte que ces personnes viennent de quitter leurs repères et qu’ils en souffrent, et qu’il faut leur expliquer le fonctionnement de notre système, alors on fait peut-être du non-paternalisme, mais on fait surtout de l’abandon.
  • « raciste // débile au sens médical du terme » (Thomas VDB) : la pathologisation de l’ennemi, quelque chose de très productif qui fait avancer le débat et qui ne radicalise pas l’ennemi dans sa position ! ! ! ironie !
  • « contrôle au facies » : il est également temps que les hommes s’insurgent du fait qu’ils sont davantage contrôlés que les femmes.
  • « propos politiques racistes qui ont incité des gens des quartiers Nord de Marseille à incendier un camp de Roms » : dois-je vraiment commenter cela ?!
  • « antimétisme » (Elisabeth Lévy)… réponse de Rokhaya Diallo « vous avez des chiffres? » : beh on a l’affaire Merah, c’est du lourd quand même, non ?! et l’émigration massive des Juifs de France qui partent pour Israël en raison d’agressions qu’ils vivent, c’est une hallu ? http://www.lepoint.fr/societe/hausse-de-l-immigration-juive-de-france-vers-israel-17-07-2013-1705761_23.php

Enfin, deux petites réflexions : la France est-elle raciste ? je ne pense pas qu’elle le soit plus qu’un autre pays en tout cas, surtout qu’on a quand même la chance d’avoir un racisme surtout « verbal » et non pas à la russe qui finit à la morgue. Et quant à parler de racisme, je trouve intéressant de rappeler que le racisme, tel qu’on l’entend, existe depuis les Lumières (Voltaire en primeur) ; mais que d’autres comportements de ce type ont eu lieu bien avant, ce qui fait dire à beaucoup de spécialistes qu’il est anachronique de parler de racisme pour ces temps-là. Chez les Grecs, ceux qui n’étaient pas de la Cité étaient des barbares (et pas question de « nationalisation » ou d’affranchissement de l’esclave : on est un barbare et on le reste) ; chez les Romains, les Noirs avec lesquels on commerçait n’était pas jugé sur leur couleur de peau, tel que le relate certains historiens et philologues, par contre, être un Gaulois était synonyme de non-civilisation. Mais il est clair que, comme tout groupe, toute communauté, il y a « ceux qui en font partie » et les « autres » ; il y a le in-group et le out-group : et les difficiles relations inter-groups. Ce n’est pas du racisme, c’est un repère de survie pour l’accès aux ressources et à la protection : c’est mon groupe qui me nourrit et me protège. Ainsi, je pense profondément que la France, actuellement, se pose davantage des questions culturelles que des questions liées à la race d’appartenance.

L’insulte (« une banane pour la guenon ») avait-elle une véritable intention raciste ? C’est une question que l’on n’ose pas poser, mais qui mérite quelques mots. Bien que le propos soit raciste, il peut également souligner autre chose, à savoir une on-ne-peut-plus-bête défiance vis-à-vis de l’autorité. Plusieurs chercheurs américains ont ainsi noté que beaucoup de propos racistes tenus par des jeunes étaient en fait leur seule façon de se faire remarquer et de faire leur petite rébellion adolescentaire. Cela n’empêche pas que l’insulte soit blessante, mais on ne peut pas mettre de côté la connerie des gens, qui prend souvent le pas sur la méchanceté que l’on voudrait leur attribuer.

Voilà, sur ce… ma tension artérielle a été utilisée de façon constructive, je m’en vais scruter les infos sur lci !

Prostitution : la grande hypocrisie

Impossible de passer à côté de ce sujet ! Pas seulement parce que Causeur en parle, mais parce qu’il nous confronte encore une fois à un déni de la réalité (à savoir ces femmes qui ont choisi de s’adonner à la prostitution, quand bien même il y a celles qui n’ont pas choisi) et à une question psycho-anthropologique passionnante.

Concernant le déni, les féministes et les abolitionnistes semblent, en fait, être animés d’une profonde pitié pour les femmes (pitié qui est loin d’être un synonyme d’égalité ou de respect) qu’ils s’amusent à infantiliser car la « femelle qui se prostitue » est forcément issue d’une force sociale horrible qui l’a poussée à aller dans la rue faire des pipes. J’aimerais ici rappeler qu’on est en pleine séance de déresponsabilisation qui fait encore une fois la part belle au déterminisme social (j’attends donc le débat sur le gène de la prostitution 😀 ) ; mais il est tout de même étrange qu’on ne s’offusque que de certains déterminismes sociaux… car quand on vit dans une famille d’avocats ou de médecins, on est également quelques peu obligés de donner raison à Bourdieu et à sa reproduction sociale (mais bon, ce sont de méchants bourgeois, ça leur apprendra!)… n’essayer pas de dire à vos parents juges à la cour de cassation que vous voulez être maçon, la porcelaine risque de voler.

D’ailleurs, en termes d’environnement (plutôt que déterminisme, car je n’utilise ce terme qu’à des fins de moqueries), le témoignage de cette ancienne prostituée lors de l’émission Complément d’Enquête (face à un journaliste franchement énervant) était assez révélateur : elle a eu le sentiment, une fois sa première fois accomplie en tant que prostituée, qu’elle avait fait ça toute sa vie. En effet, elle avait, notamment, connu des abus sexuels. Et c’est là toute la complexité du métier de prostituée, comme de tous les métiers d’ailleurs : ça vient d’une envie, d’une expérience, ou d’un traumatisme, bien plus que d’une formation. Dès lors, plutôt que d’emmerder les putes (parce qu’en pénalisant le client, on emmerde indubitablement la pute), on ferait mieux de véritablement s’intéresser aux histoires de vie qui fragilisent les gens. Car, je ne dirai que rarement le contraire, la prostituée est souvent une femme dont le passé a été affectivement trouble (même si c’est le lot de beaucoup de personnes). De même, si on ne veut plus que des étudiants face des études sans avenir (archéologie, philosophie, anthropologie), il faut vite se dépêcher de mettre le feu aux musées, aux bibliothèques et d’interdire l’émission « bienvenue en terre inconnue » qui doit sûrement susciter quelques vocations !

Et puis, ces féministes nous ont emmerdé dans les années’60 avec leur droit à l’avortement (c’est + fun d’ailleurs de rappeler le combat pour l’avortement que celui pour la pilule…sic), la liberté du corps avec lequel elles font ce qu’elles veulent ; mais ça s’arrête là ! En effet, être libre de proposer son corps en échange de quelques billets, c’est trop ! C’est rabaissant ! Je soupçonne déjà une interdiction de certaines pratiques sexuelles un peu trop salissante pour la femme : finis la sodomie et le doggy-style ! Et c’est là que l’hypocrisie est la plus totale, et d’autant plus surprenante : les féministes refusent de voir en toute relation affective ou sexuelle un indubitable rapport de force (alors qu’elles ont l’habitude post-communiste de voir du complot partout)… rapport de force qui n’attend pas l’argent pour advenir. Une prostituée de Suède le soulignait d’ailleurs très justement (et oui, désormais, je me fais même voler mes analyses par des putes scandinaves!) : quand un homme paye du champagne et un resto à une gonzesse, c’est une façon pour lui de payer son autorisation à coucher avec elle dans la soirée (le date rape est d’ailleurs très fréquent). Ce n’est pas plus compliqué que ça ! C’est du donnant-donnant, un commerce on ne peut plus basique issu du troc préhistorique. Ainsi, j’ai beau ne pas être adepte des théories selon lesquelles les hommes abusent des femmes, tel un méchant patron abuserait de son ouvrier, je ne peux que constater ces rapports de force qui vont dans les deux sens ! Je vous invite ici à lire « Qui a peur de Virginia Wolf », et vous verrez ce qu’est un putain de rapport de force !

Finalement, ce qui me semble davantage primordial, c’est de mettre un terme au trafic d’êtres humains, plutôt que de faire des débats politiquement corrects où l’on infantilise la femme prostituée, un peu comme « le petit sauvage des montagnes du Congo » auquel on estimait devoir apprendre à lire et à écrire il y a cent cinquante ans. Laissons les gens vivre leur vie : elles ne font rien de mal (et elles font encore moins quelques chose de mal si elles rendent obligatoire le préservatif). Mais c’est vrai que s’attaquer aux organisations criminelles, c’est compliqué, et ça fait trop à droite, donc le gouvernement a préféré opter pour un truc humano-bobo aussi creux qu’un utérus. Sans oublier le fait que, comme le dit Zemmour, on ne va sanctionner que l’ouvrier qui va voir les putes, mais pas le grand patron, pas les grands hôtels parisiens où les escorts louent la moitié des chambres. Et last but nos least, on crie à l’homme violeur de femme (car oui, en Suède, le client est un déviant, un délinquant sexuel devant suivre une thérapie, pendant que la prostituée a droit à un suivi psychologique spécial victime!), mais on semble oublier que de plus en plus de femmes vont également voir des hommes qui se prostituent. Ah mais, suis-je bête ! Elles leur apportent de l’amour, telle une mère ! … incestueuse.

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