Bénéfice du doute

Subir, jamais. Questionner, toujours.

De la valeur des choses et de la vie

Avec le mois de juillet vient le mois des dépenses inutiles en raison d’envies improvisées… C’est dans ce contexte qu’on se retrouve obligés de fouiller dans des vêtements serrés les uns contre les autres, de déblayer des étagères à la recherche d’une pointure perdue, de trier les offres les moins défectueuses. Cela ne facilite pas l’humeur, surtout quand les vêtements entassés sont seulement soldés à 20% sur les 80€ de départ, quand les chaussures de petits cocktails sont abîmées (mais toujours à 120€), et quand les appareils photos sont dans des bacs avec une étiquette précisant la super-promo permettant de ne payer que 350€… Sans oublier les consommatrices qui participent au système en regardant une ballerine, puis en la jetant dans le tas de chaussures avoisinant. Ainsi, la valeur des choses semble se perdre : claquer 120€ pour des chaussures dégueulasses, ça semble normal ; de même que les vendre, ne serait-ce (y a bien des pauvres, ou des idiots, qui vont se les acheter) ! On ne s’étonnera donc pas que bon nombre de personnes paient sans scrupules leur iPhone à 600€ (sachant qu’ils avaient la version de six mois l’aînée), notamment parce que les gsm moins chers sont bêtement empilés (malgré leurs 400€). En ce sens, ces soldes, c’est un véritable manque de respect : on vous jette du soi-disant « pas cher », on a pitié de vous, on vous fait une fleur en vous présentant ces objets de consommation à bas prix sans quoi vous n’y auriez pas accès… de sorte que vous pouvez vous estimez heureux qu’il y ait encore le pied gauche et le pied droit !

 

Cette valeurs des choses me fait penser à la valeur de la vie, notamment dans cette époque d’abdications (aujourd’hui, Albert II de Belgique). Les valeurs associée à la fonction royale mobilisent des compétences et une responsabilité qui ne sont plus instituées religieusement (où Roi et Dieu faisait la paire), de sorte qu’il est permis de refuser la charge pour diverses raisons… et c’est là toute l’énormité du départ du pape Benoît XVI, au sens où, lui, incarnation du message du Christ, a osé quitter son poste, comme s’il refusait son chemin de Croix… ainsi, d’une certaine manière, le pape aussi a vécu une sécularisation de sa conception de la papauté puisqu’il n’a pas conduit sa mission jusqu’à sa mort (mais, bien entendu, je ne fais pas l’apologie des dernières années de Jean-Paul II qui étaient particulièrement choquantes, bien que doctrinalement compréhensible). Et ce débat relatif à la compétence (physique ou mentale) d’un dirigeant nous rapproche intimement du débat relatif à la valeur de la vie que soulève l’euthanasie. Alors que l’abdication souligne une moindre compétence à exercer une fonction, l’euthanasie évoque une moindre possibilité de vivre dignement ; et dans les deux cas, il s’agit de se retirer car l’individu estime ne plus tenir la route de ses idéaux.

 

Mais il ne faudrait pas que ces abdications, ou euthanasies, soient vécues ou conçues comme la conséquence d’une perte de valeur de l’individu au sens où il ne vaudrait plus rien parce que vieillissant, parce que malades, ou parce que handicapés, etc… (et notre société de consommation, de performance, de vitesse, n’aime pas trop ces personnes qui sont un peu trop lentes). Il est important de veiller à ce que ces décisions s’opèrent dans un cadre où la valeur de l’individu en tant que tel prime sur ses autres attributs (de type « accidentels », au sens aristotélicien du terme, c’est-à-dire des attribus « ajoutés ») que peuvent être la vieillesse, la maladie ou le handicap. Ou plutôt devrais-je parler de la valeur de « personne » comme en parle Gagnepain, à savoir à la fois de l’identité et de la responsabilité dans le rapport à l’autre. Selon cette logique, l’abdication, de même que l’euthanasie, adviendrait lorsque ces deux aspects (identités et responsabilité) sont ébranlés selon le sens subjectif que l’individu leur accorde, et non pas selon le sens normatif que la société souhaiterait leur donner.

 

 

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