Bénéfice du doute

Subir, jamais. Questionner, toujours.

Faut-il quitter son pays pour réussir ?

Pragmatique, ou plutôt passionnée par la musique anglo-saxonne, je me suis toujours adonnée à l’anglais avec un véritable plaisir. Tout d’abord musical, puis littéraire, pour ensuite devenir linguistique, mon intérêt est en train de devenir instrumentalisé par les besoins socio-économiques qui s’imposent à ma génération. L’avantage, bien entendu, c’est de ne plus devoir apprendre le néerlandais qui traumatise tous les petits fainéants du sud, mais je ne peux me résoudre à nier le message subliminal : le français, c’est fini. C’est pour les intello obsédés par la littérature classique ou la psychanalyse qui vont au resto gastronomique se pâmer devant des vins et des fromages hors de prix en se vantant de la nouvelle horreur admirée au Centre Pompidou. Désormais, on opte pour une langue de sciences, de technologie, qui s’est imposée dans des domaines pragmatiques, et ce, sans doute, grâce à son pragmatisme grammatical. Ainsi, le français, votre langue maternelle, ne sert plus à rien : autant parler un patois indonésien, ça fait exotique (et ouvre sur un nouveau marché). Donc, il vous faudra nécessairement parler a minima l’anglais… on se demande à quoi peuvent bien servir ceux qui ont fait l’interprétariat. Et dans la mesure où vous lisez l’anglais, vous vous documentez en anglais, vous découvrez une culture, inconsciemment, avec ses dogmes, des valeurs, ses pratiques… et à un moment, vous en devenez demandeur : moi aussi, j’aimerais bien émigrer en Amérique, mais j’ai mes origines en Europe.

Si ce n’est que… l’Europe nous confronte à des crises qu’elle n’est pas en mesure de résoudre : papy-boom (surprise, sic, démographique imprévisible, re-sic, du vieillissement de la population baby-boom couplée à une politique sociale favorisant l’avènement d’une véritable classe moyenne qui, logiquement, ferait moins d’enfants, d’où une indubitable chute démographique et le drame des pensions), la réduction des aides sociales/publiques (peut-être que d’ici quelques générations, certains enfants  ne diront plus qu’ils veulent être « chômeur comme papa, parce que c’est un métier comme un autre »; avec le drame parallèle de la fin des mutualités et le culte des assurances qui obligeront les individus à passer des somatisations abusives à l’angoisse du rhume… or, on sait combien les gens sont lents à la détente quand il s’agit de comprendre qu’il faut se serrer la ceinture maintenant sous peine de mettre nos enfants dans la misère), l’augmentation des frais de scolarité (le minerval va en surprendre plus d’un quand il passera de 800 à 5000€), la politique migratoire (hé non, désolé, on ne peut pas accueillir tout le monde, encore moins si ceux qu’on doit accueillir ne veulent pas de notre civilisation occidentale), une stigmatisation des personnes qui réussissent (pas les sportifs hein, ceux-là ne risquent pas d’être pointés du doigt,… je parle des méchants pigeons qui essaient d’entreprendre), … etc

Dans ce contexte, oui il y a une envie de partir, voire même de fuir. Mais il s’agirait de fuir avec le sentiment d’abandonner un monde que l’on pourrait aider, si ce n’est qu’on aurait également l’impression d’aider quelqu’un qui ne veut pas de nous tel que nous sommes, ni de notre aide (un peu comme le sdf qui te regarde bizarrement quand tu lui donnes un sandwich), car notre aide se voudrait critique, réformatrice et exigeante (bien que je ne pense pas que donner un sandwich à un sdf est faire preuve de critique). Et puis, partir, quand on parle français, avec ce mythe de puissance culturelle que cela devrait impliquer ; partir, quand on vient de l’Europe, avec ce mythe de Modernité civilisatrice ; c’est partir avec une blessure narcissique importante… car c’est admettre que le mythe est fini.

Mais alors, incarnerions-nous Enée ?

http://www.causeur.fr/allemagne-espagne-chomage-hollande,22926

http://www.lemonde.fr/europe/article/2013/05/20/en-espagne-la-fuite-des-cerveaux-face-a-la-crise_3379024_3214.html

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