Bénéfice du doute

Subir, jamais. Questionner, toujours.

Archives mensuelles de “mai, 2013”

Comment oser ne pas admirer la puissance allemande?

Il n’est pas nécessaire de lire de grands auteurs (bien que j’en aie lus), ni de faire de longues études (bien que j’en ai faites), pour constater que l’Allemagne est parvenue à se relever plus d’une fois de divers freins et de ses cuisants échecs au cours des deux derniers siècles… une résistance aux Lumières françaises, une tradition morcelée post-Empire germanique, une quasi absence de colonies, un Traité de Versailles impitoyable, un nationalisme anti-communiste et anticapitaliste, un pays en ruines, une population stigmatisée comme foncièrement nazie, le Mur de Berlin, la réunification, le vieillissement de la population…

Franchement, aucun pays, sauf peut-être le Royaume Uni, n’aurait pu se relever s’il lui était arrivé ne serait-ce le tiers du quart de ce qui est arrivé à l’Allemagne. Bien entendu, ce n’est pas comme si ces autres pays n’avaient rien vécu, rien subi, rien dû résoudre… mais il faut tout de même avouer que se relever des péripéties allemandes, c’est autre chose que de gérer une affaire Cahuzac.

Certains évoquent un « Sonderweg » pour le nazisme sur base d’un délire téléologique (mais bon, le déterminisme sociologique, ça ne pose aucun problème dans notre société post-Marx/Bourdieu etc)… Me concernant, j’opterais plutôt pour un « Sonderweg » de la réussite allemande… Quoique ! Attention ! Je pourrais être traitée de raciste par Quatremer (qui avait traité de la sorte Emmanuel Todd lors d’un « Ce soir ou jamais » relatif à la germanophobie) en laissant sous entendre cette tendance. Hum, encore un journaliste qui veut confisquer le débat en barbarisant son adversaire.

Véritablement, il faut arrêter de nier les tendances des peuples à penser ou à faire certaines choses d’une certaine manière. On le fait bien pour de lointaines tribus : alors pourquoi pas pour nous-mêmes?! Chaque peuple, plus ou moins organisé en nation (la Belgique est le contre-exemple phare), se rassemble autour de valeurs communes, de pratiques partagées… Très bêtement, les tendances d’un peuple qui vit sous la pluie ne sont pas les tendances d’un peuple en milieu désertique ; de même, les peuples mono ou polythéistes ; les peuples qui connaissent des périodes troubles ou de paix. Ainsi, chaque peuple est forgé par une histoire, comme chaque individu singulier, mais ce n’est pas une raison pour considérer que le peuple est la somme de ses membres : il est bien davantage, il est un esprit, une main invisible.

La main invisible allemande, selon moi, est profondément marquée par le protestantisme, et ce qu’on appelle la « Protestant Work Ethic »… d’ailleurs, ce n’est pas pour rien que « Schuld » signifie à la fois « faute » et « dette ». La culture allemande ne craint pas la réussite, ni l’élection divine, car elle ne cultive pas la culpabilité : le travail n’est plus un instrument de torture romain, il devient une forme d’expression de soi… raison de plus pour ne pas cracher sur l’Allemagne, car la Modernité (pas la perverse post-modernité, hein) a en grande partie été développée grâce à l’encouragement (populaire protestant) à la prise de conscience du Soi.

http://www.causeur.fr/jacques-bainville-allemagne,22540

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http://blogs.lecho.be/colmant/

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Jusqu’où peut aller l’exigence de neutralité?

En France, les questions de laïcité, d’idéal républicain et de neutralité sont récurrentes ; certes, avec l’accent de Pinocchio, mais disons que les français ont le mérite d’en parler. Il faut également avouer qu’au-delà de leur pédantisme, ce sont des orateurs très intéressants à écouter, leur syntaxe étant généralement correctes, leur costume bien agencé, et leur mépris de l’adversaire toujours finement exprimé, sauf quand Mélenchon tombe dans le « capitaine de pédalo » qui, bien que faisant rire, n’en demeure pas moins « pas très fin ».

En Belgique, on est plutôt mou, plutôt bonne pâte… on comprend donc aisément pourquoi les Français se moquent des petits Belges : rien n’a l’air de percuter dans leur cerveau englué par la culture du compromis à tout prix. Quoique, peut-être voyons-nous un espoir se profiler en les Flamands… nous, wallons fainéants et profiteurs selon la caricature à la mode (on vient du sud du pays, il faut bien le dire, ce qui est un argument météorologique assez fracassant…mais ne dit-on pas également qu’il y a une part de vérité dans les stéréotypes!), nous, descendants d’ouvriers, devrions prendre de la graine de ces fermiers qui portent désormais costume, grosse lunette de geek, ipad au bras. Car, ils n’ont pas chômé intellectuellement parlant.

Mais il y a un Hic, les seuls partis qui soulèvent certaines questions (typiquement françaises) sont en fait des partis à orientation flamingante, ce qui en fait de méchants énurgumènes dont tout argument doit, de facto, être jeté à la poubelle… et c’est bien dommage. En l’occurence, la question de la neutralité dans les administrations…

Il y a un petit temps, la NVA avait interdit les t-shirt pro-homo pour ses fonctionnaires… personnellement, je dois avouer que je ne vois pas le but de présenter sur son t-shirt son orientation sexuelle : à moins d’avoir un narcissisme d’exhibition important, de vouloir faire des appels à de potentiels partenaires, franchement, cela ne regarde personne. Et cela ne regarde personne, non pas au sens où cela serait honteux, mais simplement au sens où la sexualité des individus est du registre du privé (bien que notre société soit hypersexualisée et pornographiquement envahissante) : point barre. http://www.dhnet.be/infos/belgique/article/423343/pas-de-t-shirt-homo-a-anvers.html

Et dernièrement, se pose la question des signes ostentatoires, de nature religieuse, politique ou philosophique… il s’agit d’également se montrer neutre en la matière. Et je suis tout à fait d’accord, mais je me demande sur quelle pente glissante nous risquons de nous retrouver une fois que ces exigences de neutralité seront perverties par certains bien-pensants. http://www.lesoir.be/250169/article/actualite/fil-info/fil-info-belgique/2013-05-27/n-va-veut-des-fonctionnaires-neutres-au-guichet

En effet, on pourrait aisément plaisanter pour la question des boucles d’oreilles provenant d’Oxfam de la dame du guichet, le thé faire-Trade qui traîne à côté de sa main droite, et ses dreadlocks qui accompagnent gaiement ses mouvements de tête… parce qu’en soit, bien que l’habit ne fasse pas le moine, il y a une probabilité importante qu’elle soit une bonne bobo/écolo/gaucho… dès lors, est-elle encore neutre? Et c’est là qu’on comprend mieux le sens de l’uniforme : ça simplifie la situation ! Mais ça fait disparaître les singularités, il paraît ! Beurk beurk beurk ! ….comme si la singularité des gens n’était qu’une question de vêtements, la bonne blague matérialiste !

Mais moi, ce qui m’inquiète, c’est le jour où la neutralité sera telle qu’on ne pourra plus afficher un visage sexué : tout le monde se devra d’être androgyne, comme dans les magasins de mode. Les femmes sans formes, et les hommes sans poils. Il faut dire que les pays scandinaves, pour ce qui est de pente glissante, ils glissent bien, et pourraient nous faire glisser avec eux : bientôt le pipi assi pour ces messieurs, et les pronoms personnels neutres (les gens ne respectent même plus l’autorité de la nature qui nous a fait homme ou femme : désormais, je veux tout choisir, et vas-y que je m’auto-féconde, que je m’auto-éduque, et vas-y que je ne fasse pas le deuil oedipien de cet autre sexe que je ne serai jamais…snirf, pas de zizi)… j’attends donc le jour où je rencontrerai peut-être un guichetier/guichetière dont je ne serai plus capable de définir le sexe, le sexe impliquant le sommet de la non-neutralité, le sexe coupant littéralement le monde en deux genres. Avoir un sexe, c’est être non-neutre, c’est pas poli, parce que ce n’est pas du compromis. http://www.lefigaro.fr/international/2013/04/26/01003-20130426ARTFIG00685-les-suedois-bientot-forces-d-uriner-assis.php et http://www.sos-transphobie.org/blog/lire-article-705129-9571615-la_suede_adopte_le_pronom_neutre___hen___sans_dist.html

Ab initio

Peut-être que recourir à la réflexion est la seule méthode donnant l’opportunité de s’envoler de soi-même : nul besoin d’avion, de partenaire, il suffit d’une thématique qui tienne à coeur pour quitter le sol d’un réel brut et accéder à une tentative de compréhension qui nous passionne. Ces petits moments de rébellions personnelles sont sacrés car ils offrent l’engouement à deux parties de nous-mêmes : la partie qui pense comme nous, et la partie qui joue le savant adversaire pensant différemment. Ce jeu avec soi-même nous apprend à ne pas violenter cet adversaire, car nous l’avons interprété, et y sommes désormais relativement attachés, de sorte que ces brefs débats improvisés en solitaire peuvent être considérés comme des initiations au travail démocratique : oser prendre position, discuter, et questionner les enjeux.

C’est en ce sens que ce blog sera construit : un moyen d’exprimer ce qui mérite un débat.

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